Vous allez vous aimer les uns les autres, bordel de merde ?

C’est quoi tout ce boucan, toutes ces déflagrations, c’est quoi tout ce sang, toute cette haine ? C’est quoi ce tremblement de terre dans tous les cœurs, ces secousses et ces ruines ? D’où ça vient ? Où est-ce qu’elle démarre, cette volonté de mettre les vies en miettes, ce plaisir ignoble à patauger dans le sang des autres ? Je voudrais comprendre : à quel moment le nourrisson qui sourit à ses parents et tisse des liens d’Amour bascule vers cet état désireux de semer la Terreur ? A quel moment est-il perdu, irrécupérable, vide d’humanité ?

Je voudrais comprendre par quels processus des types qui ont à peine la vingtaine en arrivent à se pointer dans une salle de concert et tirer à bout portant sur des centaines de personnes qui n’ont rien demandé, rien fait ; qui s’entêtent simplement à vivre. Qu’éprouvent-ils quand ils bouclent leur ceinture d’artifices ? quand ils montent dans la voiture qui les amènera sur la scène du crime ? au moment où ils appuient sur la détente de leur kalachnikov ? et juste avant de se faire exploser ? Éprouvent-ils quelque chose ? Je veux tant croire qu’il reste encore en eux ne serait-ce qu’une infime parcelle d’humanité qu’on pourrait désherber et – à force de patience, de soin et d’attention – transformer en coin de jardin fleuri et coloré. A quand remonte leur dernier fou rire ? Ces types ont un père, une mère, des amis, des passions, des souvenirs, ils ont pris leur petit-déjeuner ce matin, et ils se lèvent pour tuer et mourir. Je voudrais aussi comprendre, comment d’autres pseudo-humains rejoignent cette guerre convaincus par le spectacle de ces monstruosités.

Tout ça, au nom de la religion, arborant cette excuse pitoyable pour justifier tes atrocités. Relis ton Coran, change de Mosquée, et sache que si ton Dieu existe vraiment, ce n’est pas le Paradis qui t’attend dans la fosse du Bataclan.

Moi, l’éternelle optimiste qui piste chaque jour des petits bonheurs en joyeuse file indienne, le treize novembre je cherche et je ne trouve rien, je ne trouve rien non plus quand on attaque Bruxelles ou Orlando. Je tremble de peur de tristesse et de rage, et c’est tout.

C’est quoi cette nuit noire là où brillait encore le soleil il y a si peu ? Qui a éteint la lumière du monde ? Rallumez, rallumez ! Il n’est pas acceptable que la peur surplombe la joie à cause d’une pauvre équipe de fous. C’est quand que ça se termine ? C’est quand, plutôt, qu’on recommence, unis cette fois, main dans la main ? C’est quand qu’on les cultive nos différences, que l’on fait détonner la gaieté dans tous les coins du monde, que l’on mélange nos belles couleurs pour en faire une œuvre d’art ? C’est quand qu’on s’aime, bordel ? C’est quand qu’on arrête de s’épuiser à se battre et que l’on concentre toutes nos énergies à s’aimer ?

Le vingt-et-un juin, fête de la musique, je descends dans les rues, et il y a bien quelques militaires qui guettent, craignent, s’attendent au pire – mais je ne vois qu’une chose : on a rallumé la lumière. Enfin. Les rires s’entrechoquent avec les pintes de bière. Partout, on chante, on danse, on fait trinquer Noir contre Jaune, Blanc contre Rouge, Musulmans contre Juifs, Catholiques contre Agnostiques. Joyeux mélanges. Toux les dix pas, changement d’ambiance. A cet angle, des dizaines de couples dansent une salsa sensuelle, dans une ombre un semblant de rav-party s’opère, ça et là des musiciens sans noms parsèment un peu de leur talent à qui veut, là c’est un indien soufflant dans une flûte de pan, par ici un frisson, et là encore un régiment de cuivres armés de bonne humeur qui, infatigables, s’entêtent à nous communiquer leur bonheur.

Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, peu importe. Ce qui saute aux yeux, c’est la façon dont ces groupuscules si différents, ces petites planètes que tout sépare, se mettent à cohabiter joyeusement. Les sourires métamorphosent tous les visages, chacun laisse en suspens les ombres de sa vie – on s’en occupera plus tard, ça peut attendre. Le bonheur, lui, n’attend pas. Il faut l’agripper à chaque fois qu’il est à notre portée, le saisir, littéralement.

Comme c’est beau, je pense, comme c’est beau d’être ensemble, d’être différents et de bâtir quelque chose dans nos différences.

La musique, quand on y pense, qu’a-t-elle de si différent de la religion ? Elle nous accroche sans qu’on la choisisse véritablement. Elle nous transporte et nous anime, nous accompagne et nous enveloppe. Elle est là pour faire le Bien, a priori.

La différence, c’est que la musique unit quand la religion divise.

Que la musique répare quand la religion détruit.

 

 

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