Néo-bonheur

Je les vois bien, les regards en coin qui investiguent, cherchent à savoir si on tient toujours, si la corde va bientôt lâcher. Ces regards qui ne croient toujours pas à notre histoire, qui aimeraient bien gagner leur pari : les histoires à distance ça ne marche pas, de toute façon.

Et puis il y a ton regard à toi. Ton regard étincelles, ton regard à paillettes, ton regard qu’on pourrait glisser dans le dictionnaire en face du mot « amour », qui m’enveloppe tout entière comme une serviette chaude à la sortie du bain, comme un plaid dans le canapé. On s’aime, ce n’est pas nouveau, mais sous le même toit j’ai l’impression que les sentiments se démultiplient, rebondissent de cœur en cœur. Mon amour ne tombe plus dans le vide : il atterrit doucement sur toi comme un avion de papier ; tu es là pour le recueillir sans qu’il s’abîme.

Mes sourires, même dans les journées les plus maussades, il y en a des milliers ; ils viennent de toi, ils vont à toi. Aller-retour perpétuel. Tu es ma source et ma destination.

Les interrogations quant à l’avenir qui planaient en vautours au-dessus de nous avant ton arrivée, elles se défilent, s’échappent, laissent place à quelque chose d’aussi simple, aussi évident qu’un « je t’aime – moi aussi. » Plus de compte à rebours, plus de billets d’avion, plus d’aéroport, plus de cœur déchiré à répétition. Le temps n’est plus compté mais nos six ans et demi de distance nous ont enseigné la valeur de chaque instant. Alors on se regarde et on se serre comme si tu devais à nouveau partir. On savoure les films du soir, les dîners-surprise que tu me prépares, les pâtisseries que je te ramène de la boulangerie au retour des cours en espérant que tu n’aies pas encore – selon l’heure – petit-déjeuné ou goûté. Les promenades main dans la main quand ça nous chante : la balade des gens heureux. On se love dans la banalité du quotidien,  au creux de tous ces petits détails innommables et précieux qui nous ont été si longtemps interdits. Comme si tu devais partir, sauf que ça ne prend jamais plus fin.

L’appartement prend vie par ta présence. Les murs se colorent d’amour, l’écho disparait et laisse place aux rires explosifs, aux tendresses chuchotées, aux silences douillets, quelquefois même aux larmes ou aux colères – et ce n’est pas grave : c’est la vie qui s’anime. On y place nos rêves d’ailleurs, d’animaux de compagnie, nos prochains achats décoratifs, nos confidences, et parfois même, avec audace, un désir à demis-mots de maternité et paternité.

Tes paumes chaudes sur mes joues qui calment mes humeurs vagues. Tes baisers au coin de mes lèvres qui creusent la fossette de mon sourire. Ta voix grave et pleine dont le seul son suffit à me rasséréner et envoler mes inquiétudes. La façon si naturelle que ton corps a, la nuit, de venir m’enlacer dans un demi-sommeil. Tout, je prends tout, et je compte doucement sur mes doigts nos trois mois de bonheur de proximité.

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