L’inconfort perpétuel du momentané.

 

Je pleure déjà quatre jours avant de partir, en silence, les larmes s’écrasent contre l’oreiller quand tu es déjà dans la plaine de tes rêves. Ça reste sans conséquences, alors c’est presque une victoire.

Deux jours avant, on regarde les gens danser bachata et salsa sous les étoiles, l’ambiance est légère, presque frivole, et contraste avec mon état-des-lieux intérieur. C’est le contact du bonheur lui-même qui me brûle : la certitude que ça va se finir, là, incessamment sous peu. Mes yeux te tournent le dos et brillent tristement, je me mords pour les contenir, mes dents forment un barrage fragile. Vient le moment de saluer tes amis, des étreintes fortes et sincères qui s’éternisent tendrement – eux aussi, ils me manqueront.

Quand, la lumière enfin éteinte, abritée au creux de tes bras, les larmes surgissent à nouveau, tu les devines dans les vibrations de mon ventre qui tentent d’amortir les sanglots. Tu n’essaies pas de stopper mon averse, tu ne brandis aucun parapluie, tu ne te réfugies même pas sous un auvent : tu me laisses me répandre sur toi, tu m’accueilles et m’éponges, simplement.

Veille de départ, le train pour Rome, dernier dîner, dernière vaisselle, derniers éclats de rires, et quand je suis sur toi, la tête dans ton cou, j’éclate à nouveau en larmes. Je ne sais plus ce que tu dis, mais tes mots sont exactement ceux que j’ai besoin d’entendre, tu sais exactement ce qu’il me faut, tu combles mes fissures, empêches mon ébranlement. Et, coincée dans l’âpreté de mes larmes, tu réussis l’exploit de m’offrir la douceur extrême d’un fou rire.

Dernier réveil, dernières heures près de toi. Le sommeil a effacé pour un temps l’imminence du départ et permet de ne rien gâcher de la pureté et la douceur de ton visage endormi. Je t’aime ce matin, voilà à quoi j’occupe ce précieux moment : j’ouvre les yeux sur toi et passe quelques heures à t’aimer.

Aéroport. Il faut décrocheter nos deux corps; je ne sais plus comment faire. Démêler nos fils en essayant de ne pas nous briser. Disjoindre deux aimants et les exiler chacun aux pôles opposés du monde. C’est sauvage. Et bien sûr que les pleurs récidivent, bien sûr; j’en suis pleine. Mais tu me serres contre toi, tu m’embrasses le front, tu me dis que ce n’est pas fini, qu’au prochain aéroport ce sera presque pour toujours. Puis tu presses tes deux mains contre mes joues, et ça me calme instantanément. Il n’y a plus d’aéroport, il n’y a que toi et moi, et je sais bien, au fond, que ça ne dépend pas du lieu où l’on se trouve, du temps que nos deux corps passent à virevolter l’un sans l’autre. C’est avec toi que je me réveille, c’est avec toi que je m’endors, tu es partout et tu m’irradies.

Les histoires à distance, c’est un chagrin d’amour à chaque départ, un tout premier baiser à chaque retrouvaille.

falaise

Publicités

Une réflexion sur “L’inconfort perpétuel du momentané.

  1. Je n’oublie jamais vraiment mes lieux.
    Je conserve le WordPress pour l écriture pro et travaillée principalement.
    Merci de passer encore <3
    J'espère que ton histoire d'amour se poursuit sans trop de nuages. Que la médecine te plaît toujours. <3

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s