« La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique. » (Blaise pascal)

M. n’est pas mon amie. Elle fait au contraire partie de ces personnes orgueilleuses, imbues d’elles-mêmes et beaucoup trop intelligentes pour que ça ne réveille ma jalousie. Sa voix m’agace, son petit sourire supérieur m’agace, ses réponses toujours correctes et les lampions de fierté qui clignotent dans ses yeux lorsque les médecins la félicitent : tout m’agace. A tel point que j’éprouvais un réel soulagement à l’idée que le stage arrive à sa fin et qu’elle ne soit plus avec moi pour le prochain.
Et puis.

Et puis j’ai découvert que ses parents étaient de véritables tyrans : pas un mot de félicitation après la réussite du concours de première année, du mépris, même, qu’elle ne soit pas arrivée première; couvre-feu à 20h30, pas un bruit après, même pas le bruit du clavier d’ordinateur pour discuter avec son copain du bout du monde. Pas un sou et des allers-retours contrôlés, dis-nous où aura lieu cette sortie, dis-nous pourquoi, avec qui, après on te dira si tu as le droit.

On s’entre-regarde tous, ahuris, et je dis, mais, tu as vingt-deux ans, ce n’est pas à eux de maîtriser ta vie, tu as le droit.
Elle me répond : « la dernière fois que j’ai fait ça ma mère m’a mis dehors. »
Et il me semble que c’est la première fois que je la vois vaciller, c’est la première fois qu’elle m’apparaît fragile.
Une petite, toute petite fille, coincée entre deux gros monstres.

Je n’ai pas souri, cette fois, non, j’ai tremblé.
Et j’ai compris.

J’ai compris toute cette fierté qu’elle cultive pour compenser ses carences : c’est sa façon d’exister, sa façon de se rendre plus « aimable ». On ne peut pas vivre sans amour ; c’est la matière première de l’homme, c’est comme l’eau, comme l’air. Simplement nécessaire.
J’ai compris ce bonheur profond à chaque compliment, chaque examen réussi, chaque excellence ; ça la rapprochait un peu plus du droit à l’amour parental.
J’ai compris ses vêtements toujours très noirs et très longs, ce deuil permanent de toute cette enfance envolée, dérobée, toutes ces choses perdues à jamais.

De combien d’ecchymoses est-elle couverte, à l’intérieur ? Et combien son amour-propre a-t-il été éraflé ? Est-ce que ça fait mal quand on touche ? quand tu te lèves ? quand tu te couches ?
Quand tu respires ?

Est-ce qu’on guérit un jour ?

:)

Publicités

Une réflexion sur “« La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique. » (Blaise pascal)

  1. Ce qu’on voit à l’extérieur est parfois bien différent de l’intérieur c’est vrai. Ce qu’on laisse paraitre, cette apparence, cette armure parfois, est souvent justement là pour cacher, ou protéger ce qui est dedans.
    Mais il y a des moments, et surtout des personnes qui peuvent voir au travers

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s