» Dans les choses que nous voulons il y a toujours plus que les choses elles-mêmes. » Christian Bobin

Mon frère a un rêve.
Un rêve comme un petit coffre à trésor dont il ne possède pas encore la clef, mais qu’il chérit déjà, si fort. Son rêve est dans la poche de son jeans, autour de son cou, emmêlé dans les paillettes de ses yeux, dans la doublure de sa peau. En lui, en permanence. Parfois, quand certains jours les doses d’espoir viennent à manquer, le rêve prend des proportions gigantesques, occupe un peu trop de place et devient un peu trop lourd à porter.

Mon frère veut devenir pompier. Je ne comprends pas cette barrière du « devenir », parce que tout tend à nous signifier qu’il l’est déjà, pleinement, totalement, sans réserve. Pompier volontaire depuis des années, formateur au secourisme, sportif, courageux, altruiste, humain. Il donnerait bien volontiers sa vie pour son métier, sans réfléchir une seule fraction de seconde. Tout ce qu’il veut, c’est passer l’intégralité de ses journées à extirper les gens d’une mort imminente, à relancer des cœurs, réanimer. Donner la vie. Et l’on voudrait essayer de l’en empêcher ?

On lui met chaque jour sous le nez l’élixir de son rêve le plus fou, et, assoiffé, on ne lui autorise qu’une minuscule gorgée. Il respire chaque jour les effluves qui se dégagent des interstices de son coffre à trésor, par la serrure. C’est son oxygène, sa raison de vivre. Et ce serait criminel, pour lui comme pour tous ceux qu’il s’apprête à sauver, de lui en interdire l’accès.

Aujourd’hui, il m’a envoyé un message disant que les résultats de la première épreuve étaient tombés, et qu’il était admis à la prochaine étape. Ça m’a remplie d’un bonheur si grand, si intense. Un bonheur qui ne l’atteint pas encore, dont il se protège car il sait que rien n’est encore gagné, qu’il est au cœur de la bataille et qu’il connait bien le goût qu’a la défaite, quand on est si proche du but.
Ça me touche puisque j’avais un rêve similaire, et les mêmes échecs, les mêmes doutes, les mêmes angoisses. Puis le bonheur qui coule par tous les coins du ciel et par tous les pores de ta peau, un arc-en-ciel qui te dégouline sur la tête et un autre qui s’infiltre à l’intérieur de toi, les étoiles qui n’en finissent plus de tomber de tes yeux, même un an après, et la vie qui n’a plus tout à fait la même couleur. Je veux qu’il connaisse ce bonheur, il est fait pour ça, il le mérite tellement, plus que n’importe quelle autre personne. Je veux que son rêve disparaisse et se métamorphose, à la manière de la chenille qui devient papillon, en une réalité qui éclairera tout à coup la vie sous ses pieds.

Un rêve si ardemment désiré se doit d’être réalisé.

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